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CBD

Le cannabidiol contre les troubles psychotiques

© iStock/Feodora Chiosea
Blog-Cannabis

Une nouvelle étude met en avant les effets positifs du CBD dans le traitement des psychoses tels que la schizophrénie

Les troubles psychotiques comme la schizophrénie sont des affections hétérogènes et souvent débilitantes.

L’introduction des antagonistes des récepteurs dopaminergiques D2 dans les années 1950 a révolutionné le traitement des troubles psychotiques et ils demeurent le pilier de l’arsenal thérapeutique contre la psychose.

Toutefois, les antipsychotiques traditionnels sont associés à un certain nombre d’effets secondaires et une proportion importante de patients n’obtiennent pas une rémission adéquate des symptômes. Il est donc nécessaire de mettre au point de nouveaux traitements, en particulier celles dont le mécanisme d’action n’est pas un antagoniste des récepteurs D2. Le Cannabidiol (CBD), un constituant non toxique de la plante de cannabis, est apparu comme une nouvelle catégorie potentielle d’antipsychotiques ayant un mécanisme d’action unique.

Une analyse récente a conclu que les patients atteints de psychose présentaient des taux significativement plus élevés d’endocannabinoïde anandamide dans le liquide céphalorachidien et dans le sang, et une expression plus élevée du principal récepteur central cannabinoïde 1 (CB1) sur les cellules immunitaires périphériques. Ce tonus endocannabinoïde élevé a été observé à tous les stades de la maladie, du prodrome à la psychose chronique. Des altérations de l’expression des récepteurs CB1 ont également été observées dans les tissus post-mortem et in vivo chez les patients atteints de psychose. Si le système endocannabinoïde joue un rôle en physiopathologie psychotique, il est intéressant de noter que les composés pharmaceutiques qui modulent ce système pourraient avoir une valeur thérapeutique.

Le Cannabidiol (CBD), un phytocannabinoïde constituant du cannabis sativa, a été annoncé comme un de ces traitements potentiels. Bien que le principal ingrédient psychoactif du cannabis, le delta-9-tétrohydrocannabinol (THC), ait des effets anxiogènes, psychotomimétiques et amnésiques, le CBD est non toxique et possède des propriétés anxiolytiques, antipsychotiques et anticonvulsives, sans effets nocifs sur la mémoire. Les conclusions épidémiologiques appuient ces profils à effets opposés ; de nombreuses données indiquent que le cannabis est un facteur de risque dans le développement des psychoses et des issues défavorables chez des usagers du cannabis. Cependant, les effets néfastes de la consommation de cannabis sur le risque d’apparition et d’évolution ultérieure de la psychose sont particulièrement évidents chez les personnes qui consomment du cannabis à forte teneur en THC et à faible teneur en CBD, plutôt que chez celles qui consomment du cannabis de type haschich (avec un taux de THC plus faible et un taux de CBD plus élevé). Cette tendance concorde avec la preuve que la CBD a non seulement des effets opposés au THC, mais peut aussi bloquer certains de ses effets indésirables (et particulièrement psychotomimétiques).

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Il est important de noter que le CBD a un mécanisme d’action différent de celui des antagonistes des récepteurs de la dopamine et pourrait donc représenter une classe complètement nouvelle de traitement antipsychotique. Ceci serait associé à de nombreux avantages. Premièrement, en évitant l’antagonisme des récepteurs de la dopamine, on peut éviter des effets indésirables tels que des symptômes extrapyramidaux et une augmentation de la prolactine. Deuxièmement, si la CBD agit par différentes voies moléculaires vers les antipsychotiques actuels, elle pourrait être utilisée non seulement en monothérapie, mais aussi potentiellement comme traitement d’appoint aux côtés des antipsychotiques existants, avec des gains d’efficacité complémentaires potentiels. Alors que la CDB fait actuellement l’objet d’essais portant sur un certain nombre de troubles psychiatriques et de problèmes de santé physique, l’étude synthétise et résume les données actuelles concernant le potentiel thérapeutique de la CDB dans le traitement de la psychose.

Preuves du potentiel antipsychotique du cannabidiol

Les preuves accumulées concernant le potentiel antipsychotique de la CBD proviennent de plusieurs sources différentes. Il s’agit notamment de travaux précliniques, d’études expérimentales sur des volontaires humains en bonne santé comparant les effets neurocognitifs du THC et du CBD, ainsi que d’études visant à déterminer si le CBD peut bloquer ou atténuer les effets symptomatiques du THC.

Données précliniques

Les preuves indirectes des effets antipsychotiques et anxiolytiques de la CBD proviennent d’études précliniques, où les caractéristiques spécifiques des troubles psychotiques sont modélisées chez l’animal et permettent d’examiner les effets thérapeutiques potentiels des niveaux moléculaire et comportemental.

Hyperlocomotion

L’hyperlocomotion est considérée comme un modèle de symptômes psychotiques positifs et peut être soigné à l’aide d’antipsychotiques. Il a été démontré que le CBD réduit l’hyperlocomotion induite par l’amphétamine (agoniste de la dopamine) et la kétamine[antagoniste des récepteurs N-méthyl-d-aspartate (NMDA)] sans induire la catalepsie, ce qui suggère qu’il a des effets bénéfiques semblables aux antipsychotiques sans les effets secondaires moteurs nuisibles, avec un profil semblable à celui de la clozapine atypique antipsychotique.

Études expérimentales et de neuroimagerie chez l’humain

Des études de neuroimagerie, qui permettent d’examiner de façon non invasive les systèmes des substrats neuronaux, sur lesquels le CBD peut agir pour produire ses effets antipsychotiques et anxiolytiques in vivo, viennent compléter les connaissances sur le potentiel antipsychotique de la MDC.

Il a été démontré que le THC et le CBD ont des effets opposés sur l’activation régionale du cerveau dans une variété de tâches cognitives chez des individus en bonne santé. Il est intéressant de noter que ce phénomène a été observé dans des régions du cerveau où les patients atteints de psychose présentent un dysfonctionnement et pendant des tâches dont on sait qu’elles sont affaiblies par la consommation de cannabis.

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D’autres preuves des effets protecteurs du CBD contre les effets psychotomimétiques, anxiogènes et cognitifs du THC proviennent d’études expérimentales où les deux cannabinoïdes ont été co-administrés. Le THC peut être utilisé comme modèle expérimental de psychose chez l’humain parce que son administration aiguë chez des personnes en bonne santé peut induire des symptômes psychotiques transitoires (y compris des symptômes positifs et négatifs), ainsi que des déficits cognitifs ressemblant à ceux observés chez les schizophrènes.

En résumé, de plus en plus d’études suggèrent que la CDB atténue les effets propsychotiques, anxieux et cognitifs induits par le THC chez les personnes en bonne santé, tant au niveau neurophysiologique que comportemental (psychopathologique). De plus, la CDB a des effets opposés au THC sur l’activation cérébrale régionale et la connectivité fonctionnelle dans une gamme de tâches cognitives (y compris le traitement de la saillance, l’apprentissage et la mémoire, l’inhibition des réponses et le traitement de la peur) dans des régions connues pour être perturbées chez les patients souffrant de psychose. Ensemble, ces preuves accumulées confirment le rôle thérapeutique potentiel de la CBD dans le traitement de la psychose et concordent avec les preuves indépendantes selon lesquelles la CBD a des effets antipsychotiques chez les patients atteints de cette maladie (voir ci-dessous).

Essais cliniques


Les premiers essais cliniques suggèrent que le CBD est sûr, bien toléré et peut avoir des effets antipsychotiques chez les patients atteints de psychose. Il y a certains indices montrant que le CBD pourrait être particulièrement efficace dans les premiers stades du trouble, comme chez les patients à risque clinique élevé et ceux qui ont un premier épisode psychotique.

La recherche en neuroimagerie suggère que le CBD pourrait exercer ses effets thérapeutiques par modulation de la fonction cérébrale dans des régions connues pour être altérées chez les patients atteints de psychose selon divers paradigmes cognitifs. Des questions subsistent quant au profil complet des effets secondaires de la CBD, avec des rapports faisant état d’une augmentation des enzymes hépatiques et d’une toxicité hépatique potentielle, mais les effets secondaires les plus fréquemment signalés (comme la diarrhée et la sédation) sont probablement à la fois légers et bénins. Étant donné que le CBD a des effets antipsychotiques sans agir directement sur les récepteurs de la dopamine, il pourrait représenter un nouveau type de traitement de la psychose.

Source: journals.sagepub.com

Tags : cbdDopamineÉtudeNeurosciencepsychiatrieschizophrénie